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Papas grimpeurs : quel combat ?

Depuis le début de l’année, ils multiplient les actions en hauteur. Largement médiatisés mais peinant à faire entendre une voix unique, ceux qu’on surnomme désormais les ‘papas grimpeurs’ défendent-ils une cause commune ? À l’heure où la Ministre de la famille Dominique Bertinotti convie les associations de pères séparés à réfléchir à la future loi sur la famille, où se situent ces pères qui cherchent à se faire entendre ?

Il faut avoir l’énergie du désespoir pour gravir, chaque jour, les 47 barreaux de l’échelle qui mène à leur campement de fortune à 30 mètres au-dessus du sol. Hier en haut d’une grue ou perchés sur le Sacré-Cœur, aujourd’hui en surplomb de la place du Capitole à Toulouse, le modus operandi ne change pas : les papas grimpent. Tous sont épuisés par la justice, en laquelle ils n’ont plus confiance. ‘’J’ai vu mes filles pour la dernière fois en février 2012. Depuis, je suis en arrêt maladie. Mon ex-femme m’a dénoncé à la sécurité sociale, et j’ai perdu mon indemnisation. Le temps qu’un expert psychiatre confirme que j’étais bien victime de dépression, une plainte était déposée pour non-paiement de la pension alimentaire’. Stéphane Tardi, 44 ans, directeur de projet informatique, débite son parcours avec la précision de celui qui a l’habitude de se défendre. Et pour cause : depuis que ses filles ont été enlevées par leurs grands-parents en 2009, puis remises à leur mère, il a été confronté dix fois à un JAF (Juge aux Affaires Familiales). Aujourd’hui, il mène encore de front cinq procédures. La mère de ses filles est notamment poursuivie pour maltraitance et soustraction d’enfants. Une plainte pour escroquerie au jugement est en cours d’instruction depuis des années. En attendant, Stéphane est privé de ses filles.

Déjudiciarisation

C’est parce qu’ils voient la justice comme une machine à broyer que ces papas grimpeurs réclament avant tout une déjudiciarisation des procédures de divorce. Leur solution : privilégier la médiation familiale pour désamorcer les conflits en amont. Pourtant, tous sont conscients que la loi pourrait les protéger. Alors comment déjudiciariser quand l’objectif est de faire respecter les lois ?

Surtout, les desiderata des papas grimpeurs varient. Quand l’association SOS Papa réclame que la résidence alternée soit mise en place par défaut en cas de séparation, les parents du Capitole, eux, voudraient que les lois bafouées soient simplement respectées. Ils pointent la collusion entre avocats et magistrats, dénoncent des trafics d’influence, soulignent la trop fréquente utilisation de faux dans l’instruction des dossiers.

Combat de genre

Les huit parents qui se relaient depuis le 2 octobre place du Capitole veulent être constructifs. Ils ont bricolé une radio ad hoc, ‘Radio Capitole’, qui diffuse interviews d’experts et témoignages de parents séparés. Ils veulent interpeler l’opinion publique en prenant garde de n’être pas stigmatisés. Surtout limiter les nuisances. Julien Servelle, le technicien de l’initiative, traverse régulièrement la place pour vérifier que le son n’atteint pas les locaux de la mairie de Toulouse. A 24 ans, il se bat pour faire reconnaître ses droits suite à un éloignement volontaire de son enfant à 800 km.

Alors que Serge Charnay, le premier à avoir investi une grue à Nantes, avait créé l’embarras en février dernier suite à ses propos sur ‘ces bonnes femmes qui nous gouvernent’, pointant que 92% des JAF sont des femmes, les grimpeurs du Capitole, eux, ne se placent pas dans un combat de genre. Pour preuve, ils ont été rejoints par plusieurs mères. Ils ne cautionnent pas la mouvance masculiniste qui sous-tend, selon eux, le combat de plusieurs associations. Surtout, ils brandissent tous un casier judiciaire vierge quand l’analyse de celui de Serge Charnay, pourtant soutenu par SOS Papa, avait révélé un passage en prison pour violence.

Sujet tabou

La ministre de la famille Dominique Bertinotti doit composer avec ces revendications parfois contradictoires. En déclarant que « la protection de l’enfance est un sujet tabou », elle a reconnu à demi-mot que le système actuel reposait sur un équilibre ténu entre les différentes professions : assistantes sociales, responsables de foyers d’accueil, enquêteurs, avocats, juges, chacun défend ses propres intérêts – notamment économiques – et voit d’un mauvais œil une redistribution des pouvoirs. Des groupes de travail, dont l’un intitulé ‘Médiation familiale et contrat de coparentalité’ ont été mis en place le 21 octobre en vue d’une loi sur la famille qui devrait être débattue à l’Assemblée Nationale d’ici la fin de l’année. Julien et Stéphane n’en attendent pas de miracle.

4170 signes
Dossier réalisé dans le cadre du cours de Techniques Rédactionnelles
Contraintes : un lead (4000 signes) + 3 papiers complémentaires dont une interview d'expert. Total : 8 à 10 000 signes
LEAD : reportage
INTERVIEW : Marie-Caroline DESPAX, médiatrice familiale
ENCADRE : Résidence des enfants : les chiffres
FOCUS : La résidence alternée : une fausse bonne idée ? 

Publication (fictive) concernée : MARIE-CLAIRE
Crédit photo : @La Dépêche
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