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« Les automobilistes devraient connaître le code de la rue »

« Les automobilistes devraient connaître le code de la rue »

Le Conseil national de la sécurité routière préconise de renforcer les sanctions à l’égard des cyclistes tout en minorant les amendes. À Toulouse, troisième ville française « Vélo-friendly », que pensent les principaux intéressés de ces recommandations ?

« C’est n’importe quoi ! Le problème, ce n’est pas nous. Les bus nous frôlent, les automobilistes nous insultent même quand on est dans notre droit. Un code de courtoisie, ça nous protègerait plus ! » Amandine, grande rousse de 35 ans, se déplace en vélo à Toulouse depuis dix ans. Bien sûr elle avoue griller des « Stop » ou rouler sur les trottoirs, comme la majorité des cyclistes, mais elle s’en défend : « Ces infractions ne mettent pas la vie des autres usagers en danger. » Statistiquement, les cyclistes impliqués dans un accident sont responsables dans 40% des cas.

Diminuer les accidents de 30%

Comme elle, Sébastien Bosvieux, président de « Deux pieds deux roues », association toulousaine de défense des droits des cyclistes, partage ce constat. « Tous les usagers ont à peu près le même taux d’irrespect du code la route.» Pour autant, il accueille plutôt favorablement les recommandations du Conseil national de la sécurité routière (CNSR) émises le lundi 8 décembre. Circulation en sens interdit, inobservation de l’arrêt au stop ou à un feu rouge, refus de priorité et usage du téléphone tenu en main : l’idée serait de diviser par deux les amendes de 4ème catégorie pour ce type d’infraction. En substance, les contraventions passeraient de 90 € pour les automobilistes à 45,60€ pour les cyclistes. En contrepartie, les verbalisations seraient plus fréquentes.

Ce système, déjà testé à Strasbourg depuis deux ans, aurait permis de diminuer les accidents impliquant des cyclistes de 30%. Sébastien Bosvieux poursuit : « Cette mesure me paraît plutôt bonne, mais elle doit s’accompagner d’autres mesures, notamment la modération de la vitesse pour les automobilistes.» Car les infractions des cyclistes sont parfois la résultante du comportement des conducteurs.

Code de la rue

« Je roule souvent sur les trottoirs , explique Jean-Baptiste, en train d’installer son fils Matthéo, 4 ans, sur le siège arrière de son vélo à la sortie de l’école. Certains endroits ne sont pas du tout fait pour les cyclistes, et je me sens plus en sécurité sur les trottoirs. » Le responsable de « Deux pieds deux roues » renchérit: « Les cyclistes sur les trottoirs ne sont pas des délinquants. Ils ont juste peur. » Selon lui, ce n’est toutefois pas une raison pour développer les trottoirs mixtes qui mélangent piétons et cyclistes, comme cela a notamment été fait à Strasbourg. « Les trottoirs, sauf exception, doivent être réservés aux piétons.

Il soulève une question essentielle, celle du partage de l’espace urbain. En 2005, un « code de la rue » a été mis en place, avec pour objectif d’adapter le code de la route aux cyclistes. De nouvelles règles ont été édictées, comme le « double-sens cyclable », qui permet aux vélos de remonter une rue en contre-sens. Le problème, c’est que les automobilistes ignorent que les cyclistes sont dans leur droit et n’hésitent pas à les intimider. « De la même manière qu’on demande aux cyclistes de connaître le code de la route, les automobilistes devraient connaître le code de la rue. Il faut absolument que la municipalité fasse des campagnes de communication sur le partage de l’espace. »

Discontinuité du réseau

Mais pas facile de mettre tout le monde d’accord sur les bonnes pratiques à adopter. Emeline, sexagénaire dynamique, trouve « très dangereuses » ces pistes cyclables en contresens, qu’elle préfère éviter ... quitte à monter sur le trottoir. Pourtant, selon Sébastien Bosvieux, « l’accidentologie est excellente dans ces zones, qui permettent par ailleurs d’éviter les grands axes et les gros carrefours ».

Les problèmes de sécurité se concentrent d’ailleurs sur les grands axes, en particulier en agglomération. Malgré ses 500 km de pistes cyclables, ses 283 stations de VélôToulouse et son statut de troisième ville française « Vélo Friendly », d’après le magazine Terra Eco, Toulouse a encore des progrès à faire en termes d’aménagements. « Dès qu’on sort de l’hyper centre-ville, la discontinuité du réseau est frappante. Il n’y a que des bouts de pistes cyclables, et là c’est vraiment accidentogène » explique Sébastien Bosvieux. Les sanctions minorées, c’est bien, mais le développement du réseau, c’est mieux.

Article rédigé dans le cadre du cours de Léonore Mahieux (Correspondants de presse).