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Osez les love-boutiques !

@Anne-Laure Thomas-Songy

Pour prolonger le plaisir de la litterature érotique à laquelle les Français(e)s semblent avoir pris goût, rien de mieux que de pousser la porte de ces boutiques coquines qui veulent casser l’image glauque des traditionnels sex-shop. Pour vous, nous avons franchi le cap : reportage dans trois love shops toulousains.

Reportage réalisé dans le cadre du Toulousain, le quotidien de l'Ecole de Journalisme de Toulouse. 

Ma connaissance en matière d'érotisme s'arrêtait à la lecture des 80 premières pages de "Cinquante Nuances de Grey", le seul livre que j'aie jamais littéralement jeté à la poubelle. Non pas que j’aie eu honte de conserver dans mes rayons cette romance érotique vendue à 40 millions d’exemplaires – le livre aurait très bien pu rejoindre l’étagère des Levy-Musso-Pancol, ces best-sellers que je m’inflige de lire pour comprendre le phénomène social qui les entoure. Non, mon exemplaire de «Fifty shades» s’est littéralement délité un jour au bord de la piscine. Pas une ligne ne m’avait encore émoustillée quand une partie du livre s’est envolée. J’y ai vu un signe, n'ai pas pris la peine de recoller les morceaux et n’ai donc pas poursuivi l’aventure. 
C'est donc en totale novice que j'ai passé la porte de trois love-boutiques toulousaines. Et mon verdict, c'est qu'il n'est pas besoin d'avoir lu le bouquin de E.L James pour apprécier y faire un tour ... bien au contraire !

Un délicate odeur d’encens, une lumière chaleureuse renvoyée par la brique apparente et les Andrew Sisters – chanteuses américaines des années 40 – en fond sonore : vous entrez à La Clef des Charmes comme dans un boudoir. Ici, aucune revue ni DVD, seule Betty Boop semble pouvoir surgir à tout moment.

Cosmétique ludique

La pétillante Céline Manseau, 30 ans, a choisi en 2013 d’installer sa boutique dans une rue accessible mais peu commerçante, consciente que les freins psychologiques ont la vie dure. « Dans l’inconscient collectif, les love-shop restent assimilés au porno, alors que leur but, c’est d’ouvrir la sensualité aux gens ». Quand elle a monté son projet, aucun banquier n’a accepté de lui accorder un prêt. C’est grâce à un investisseur qu’elle a pu poursuivre l’aventure, finalement couronnée de succès grâce à une clientèle fidèle, héritée de son ancien réseau dans le domaine de la bijouterie. Sa collection de lingerie fine fabriquée main suit les mêmes codes que la joaillerie : luxe, glamour et séduction. Dans son costume impeccable, son stagiaire Jean-Baptiste Dossal, 27 ans, prend son rôle à cœur : « Il faut développer un réel argumentaire de vente pour défendre les marques. Et puis c’est un défi de se faire accepter par la gente féminine même si évidemment, je n’assiste pas aux essayages ».

Alors que les sex-shops sont principalement fréquentés par des hommes, 90% des clients sont ici des femmes. La jeune patronne s’efforce de les accompagner dans cet univers décomplexé. Si elle oriente les novices vers les étalages colorés et soigneusement disposés de « cosmétique ludique », elle se permet aussi de « recadrer de temps en temps » les plus osées, leur rappelant notamment les règles de sécurité accompagnant certaines pratiques sexuelles. Au-delà des quelques ouvrages de la collection « Osez ! » qu’elle vend, elle met sa bibliothèque personnelle à la disposition de ses clientes. Une manière de contrer le succès de « Cinquante nuances de Grey », qui n’est pour elle « pas une référence ». Cette romance érotique, parue en 2011 a été vendue à plus de 40 millions d’exemplaires dans le monde, dont plus de 500 000 en France.

L’effet « Cinquante nuances »

Sophie Puligny, qui tient depuis septembre la boutique Cœur Epique, attend quant à elle avec impatience la sortie en février de l’adaptation cinématographique de ce best-seller. « L’effet Cinquante Nuances est un peu retombé, peut-être que le film relancera l’engouement ». À quelques jours de la clôture de son premier exercice, elle fait la grimace : « Le marché est là, mais à Toulouse, il y a une grande hypocrisie. Quand je fais ma compta le soir alors que le magasin est fermé, je vois des gens s’arrêter, se prendre en photo, mais en journée, ils n’osent pas entrer ». Il faut dire que la devanture est assez explicite, et la rue, très passante, ne joue pas en faveur des indécis. Pourtant, la commerçante de 44 ans a mûrement réfléchi son projet, porté par l’utopie d’« éduquer à la sexualité la jeune génération, incapable de faire face aux situations réelles une fois l’ordinateur éteint». Comme pour lui donner raison, une femme entre avec son fils, une douzaine d’années, skateboard sous le bras. Il choisit pour sa sœur de 18 ans des bonbons « Oral Pleasure », version sensuelle de pastilles à la menthe. Sa mère s’enthousiasme : « Je préfère emmener mes enfants ici que dans des sex-shops sordides ! Je suis ravie que ces boutiques se démocratisent. »

« Tout pour la fête » version sexuelle

Dans la proche banlieue toulousaine, le magasin Easy Love de Saint-Orens, a, lui, définitivement troqué la noirceur des sex-shops pour la lumière crue des néons. Pour autant, sa situation isolée dans une zone commerciale garantit l’anonymat des clients qui accèdent à des accessoires autrement plus explicites. Faire le tour des 270 mètres carrés de rayonnages est plutôt divertissant : Easy Love est une sorte de « Tout pour la fête » version sexuelle, avec son lot d’objets au goût douteux mais qui peuvent parfaitement amuser la galerie. Emilie, la vendeuse, prodigue à un couple les conseils d’entretien du vibromasseur qu’ils s’apprêtent à acheter : « La règle d’or c’est : jouer, nettoyer, désinfecter, rejouer ». Prudes et pudibonds, s’abstenir.

Céline Manseau, 30 ans, a ouvert en mai 2013, dans la discrète rue des Blanchers à Toulouse, La Clef des Charmes : une ravissante boutique dont elle change la décoration toutes les trois semaines. @Anne-Laure Thomas-Songy

Céline Manseau, 30 ans, a ouvert en mai 2013, dans la discrète rue des Blanchers à Toulouse, La Clef des Charmes : une ravissante boutique dont elle change la décoration toutes les trois semaines. @Anne-Laure Thomas-Songy

Pdf du quotidien daté du 19 décembre 2014. Focus sur les love-boutiques à retrouver en dernière page

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