Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Olivier Greff : la guitare de vos rêves

@ Anne-Laure Thomas-Songy
@ Anne-Laure Thomas-Songy

Depuis 35 ans, Olivier Greff bricole des guitares pour le plaisir. Aujourd’hui, il veut proposer au public des guitares sur-mesure. Pour lancer l’activité, il fait appel à des financements participatifs.

Jean et sweat noir à capuche, des cheveux pas vraiment coiffés. Ne vous fiez pas à sa dégaine d’adolescent, Olivier Greff a 50 ans, et mille cordes à son arc. À sa guitare, devrait-on dire. Car s’il a écumé nombre de métiers dans le monde du spectacle, Olivier Greff s’adonne depuis son adolescence à une passion continue : celle de bricoler des guitares. Aujourd’hui, son nouveau challenge est de donner une dimension "marchande" à son passe-temps. Une seule ambition : que les gens repartent avec la guitare de leur rêve.

Local, participatif, citoyen, artistique, passionné : le projet d’Olivier Greff a tout pour attirer l’attention. Le musicien-bricoleur propose des guitares personnalisables à l’envi. Sur la base de quatre modèles correspondant à des styles de jeux différents, le client choisit sa mécanique mais aussi la couleur de l’instrument et même le nombre de cordes à sa guitare : 6,7, 10 ou 12. Une seule constante : des caisses creuses, donc légères. Olivier Greff veut faire profiter les autres de son expérience. « À 40 ans, dit-il, tous les guitaristes qui font de la scène ont mal au dos ! ».

Alors, altruiste, Olivier Greff ? En tout cas, il reconnaît que son projet, pour l’heure, n’est pas très ambitieux commercialement. Comprendre : il a déjà un job qui lui permet de vivre. Il refuse de s’étendre sur la question, explique : « Pour beaucoup de gens, la diversité n’est pas un atout ». Il sait que, si son activité de luthier sur-mesure venait à prendre de l’ampleur, les clients de son activité principale pourraient s’affoler.

À l’inverse, il craint que les acheteurs de ses guitares n’aient pas confiance en ses compétences apprises sur le tas. Pourtant, Olivier Greff n’a plus rien à prouver. À 14 ans, il bidouille sur sa guitare de débutant un sélecteur-micro plus performant. Devenu musicien, amateur puis professionnel, il modifie sans relâche ses instruments pour atteindre la perfection. Touche-à-tout, rien ne lui résiste. Même sa cuisine regorge de systèmes ingénieux. Et lui, le guitariste, relève le défi de retaper un piano à queue, acquis pour une bouchée de pain au détour d’une braderie. Depuis, c’est sa fille pianiste qui en profite.

Olivier Greff est persuadé que toutes ses activités sont compatibles, même si c’est au prix de « journées à rallonge ». Depuis un an déjà, il travaille chaque jour, après le boulot. Au final, un projet 100% participatif. Des guitaristes professionnels sont mis à contribution pour tester ses prototypes. Du « marketing à l’échelle 1 », selon lui. Mais ce système doit rassurer le client qui, par définition, ne peut pas tester la guitare de ses rêves avant la commande.

Côté finance, Olivier Greff a opté pour le crowdfunding, manière de renforcer l’échange avec les clients potentiels. L’idée est de récolter sur une plateforme de financement participatif de quoi produire les 10 premières guitares sur-mesure. Si ce seuil n’est pas atteint, Olivier Greff ne pourra pas honorer le prix de vente minimum qu’il s’est fixé : soit 450 euros – c’est la tranche basse d’une guitare haut-de-gamme. Il abandonnerait alors son projet.

Cette perspective ne semble pas perturber Olivier Greff, plutôt détaché des considérations financières. Avec le sourire dont il ne se départit jamais, il clame : « Je ne veux pas inonder le marché, ni avoir plein d’argent. Ce qui me plaît c’est juste le côté unique ». Mais quand même : il sait que plus il aura de demandes, plus les coûts baisseront. Ce qui lui permettra d’offrir la guitare de leur rêve… à encore plus de clients.

Si ce n’est pas de l’altruisme, ça y ressemble quand même beaucoup.

À écouter : PAPIER RADIO (3 minutes)

Portrait réalisé dans le cadre du cours de Stéphane Blanc.