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Scolarisation des enfants handicapés : de la théorie à la pratique

La loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances et celle de 2013 pour la refondation de l’école de la République entérinent le principe d’une « école inclusive ». En vertu de ces textes, un enfant en situation de handicap doit être inscrit dans l’établissement scolaire de son secteur et son parcours doit se dérouler en priorité en milieu ordinaire.

Depuis 10 ans, l’Education Nationale a mis en place un dispositif théorique ambitieux mais qui peine parfois à venir à bout de l’extrême diversité des situations.

Enquête.

LE PARCOURS DE SCOLARISATION D’UN ENFANT HANDICAPÉ :
LEXIQUE DES ACRONYMES 

La MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) est une structure qui accompagne les parents d’enfants en situation de handicap pour leur proposer une solution de scolarisation, dans le cadre d’un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation).
C’est à la famille qu’il revient de demander l’établissement d’un PPS.
Ce projet peut déboucher sur plusieurs dispositifs :

-       Une scolarisation en milieu ordinaire avec le soutien d’une AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire), chargée d’accompagner l’enfant sur tout ou partie  du temps scolaire. Les AVS ont été rebaptisées en 2014 AESH (Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap). Des CUI (Contrat Unique d’Insertion) ont également été créés en 2014. Les personnes recrutées sous ce statut font le même travail que les AVS, mais ne sont pas titulaires. Les auxiliaires peuvent être individuelles ou collectives, selon qu’elles s’occupent d’un ou plusieurs élèves en même temps.

-       Une scolarisation en ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire). Ces classes, intégrées dans des établissements ordinaires (école, collège, lycée),  regroupent un petit nombre d’élèves présentant des troubles compatibles. Ce dispositif prévoit un temps d’inclusion scolaire dans une classe ordinaire.

-       Un placement en IME (Institut Médico-Educatif) ou établissement hospitalier : dans ce cas, la priorité est donnée aux soins et non à la pédagogie. Des UE (Unités d’Enseignement) sont toutefois intégrées dans ces instituts pour proposer un minimum d’instruction. Tout comme dans les ULIS, ce sont principalement des enseignants spécialisés, titulaires d’un CAPA-SH ou 2CA-SH selon qu’ils exercent dans le 1er ou 2nd degré, qui assurent les cours.

Dans un local municipal, des enfants viennent faire de la musique. Une porte coupe-feu est dégondée, elle écrase l’un d’entre eux. À 4 ans et demi, Yanis bascule dans le handicap, et ses parents avec. « Mon fils a tiré la mauvaise porte. Depuis, il est hémiplégique et épileptique. Son champ visuel est amputé et il souffre de difficultés d’apprentissage », raconte sa maman. En trois mots, Christelle Martin résume les sept années de lutte pour scolariser son fils après son accident : un « parcours du combattant ». Car Yanis a écumé nombre de dispositifs.

MDPH, PPS, AVS, CLIS, ULIS, IME, etc. : comprendre la signification de ces acronymes chers à l’Education Nationale est la première étape par laquelle passent les parents qui veulent scolariser leur enfant handicapé. L’objectif est de déceler, derrière ces dénominations techniques, la meilleure solution : une scolarisation en milieu ordinaire avec éventuellement une aide individuelle ? Un dispositif collectif regroupant d’autres enfants en situation de handicap ? Ou un placement en établissement spécialisé dans lequel la priorité est donnée aux soins ? Souvent la réponse varie au cours du temps. En fonction de l’âge de l’enfant, de l’évolution de son handicap, de la réalité sur le terrain, les parents n’en finissent pas de s’adapter.

Corinne M. n’en est qu’au début du parcours. Son fils, qui va avoir 4 ans, a été diagnostiqué autiste il y a deux mois. Elle est venue ici, à la Maison Départementale des Personnes Handicapées, pour connaître le résultat de l’instruction du dossier d’Alexis. Elle prend un ticket, le numéro 262, et s’installe dans la salle d’attente « Enfants ». Dans quelques minutes, elle saura si son fils pourra bénéficier de la présence d’une auxiliaire de vie scolaire à l’école.

Après quelques minutes d’entretien avec un agent de la MDPH, Corinne repart avec son dossier sous le bras, le sourire contrarié: « Le principe d’une auxiliaire de vie scolaire pour 18 heures hebdomadaires a été acté. Par contre, le recrutement n’est pas fait ». Elle poursuit avec des yeux médusés : « On m’a dit que tout dépendait de Pôle Emploi. Je ne savais pas que les AVS étaient recrutées sur critères sociaux. En fait, elles ne sont pas formées, c’est ca ? ».

Délais de recrutement

En réalité, pour pourvoir les postes d’auxiliaires, l’Education Nationale fait de plus en plus appel à des « CUI » : des contrats aidés proposés à des personnes au chômage, sans exigence de qualification (voir encadré). Dans l’Académie de Toulouse, sur 1343 auxiliaires de vie en 2014, les 2/3 étaient en contrats aidés. Il faut dire que les Rectorats, en charge du recrutement des auxiliaires, apprécient leur flexibilité.

Frédéric Detchart, inspecteur en charge de la question à Toulouse, précise : « Quand un besoin d’auxiliaire n’a pas été anticipé, la cellule de recrutement doit s’assurer que la personne sélectionnée par Pôle Emploi a les compétences suffisantes, mais aussi qu’elle remplit les conditions nécessaires pour prétendre à un CUI. En général, cela prend 2 mois. » Parfois plus, surtout en zone rurale, reconnaît-il.

Pendant ce délai, certaines écoles proposent aux parents d’assurer eux-mêmes l’accompagnement de leur enfant handicapé à l’école. « Ce n’est pas mon rôle », rétorque Corinne M.. Mais elle rajoute, lucide : « Il y a 24 heures de classe par semaine. On me propose une AVS pour 18 heures, et exceptionnellement 2 repas par semaine. Comment ça se passe le reste du temps ? ». La réponse d’une auxiliaire n’a pas de quoi la rassurer : « Quand on n’est pas là, les enseignants se débrouillent ».

C’est le cas de Marie (le prénom a été changé), 25 ans, enseignante à Albi. Dans sa classe, deux enfants suivis par une AVS à mi-temps. Ils présentent des troubles comportementaux. « Il faut savoir lâcher prise avec ces enfants. J’apprends sur le tas » Pendant sa formation, Marie n’a eu que « quelques cours très théoriques » sur le handicap. Elle avoue s’en sortir parce qu’elle exerce dans un établissement où « les professeurs sont sensibilisés » : l’école accueille en effet une ULIS, un dispositif sur-mesure qui permet de scolariser un petit groupe d’élèves présentant des « troubles compatibles ». Les cours sont assurés par des enseignants très majoritairement spécialisés (93% dans l’Académie de Toulouse), le rythme d’apprentissage de chaque enfant est respecté, et les élèves sont intégrés dans des classes ordinaires une partie du temps : autant d’ingrédients qui rassurent les parents, en témoigne l’enthousiasme de Christelle Martin.

Son fils, aujourd’hui 12 ans et un niveau CM1-CM2, vient d’intégrer ce système. Dans la classe de Yanis, 13 élèves en grande difficulté scolaire, et des grilles de compétences adaptées à chacun. La satisfaction de la maman est à la hauteur des déboires passés. « Ca n’a pas toujours été aussi idéal. » Après son accident, Yanis a longtemps été en convalescence. Puis il a voulu retourner à l’école. La première année, la maîtresse est bienveillante, l’enfant suivi par une AVS. En primaire, Yanis intègre le système CLIS – l’équivalent des ULIS pour le 1er degré. Sur le papier, la solution semble idéale aux parents. La réalité n’a rien à voir. « La pression était énorme, le référent de scolarité très à cheval sur l’acquisition des apprentissages classiques. Pour lui, mon fils n’évoluait pas assez rapidement ». Les parents claquent la porte de l’Education Nationale, se tournent vers une école privée de type Montessori - hors-contrat, et chère. Mais les effectifs sont réduits, et le rythme d’apprentissage personnalisé. Yanis y reste deux ans, puis finit par se sentir isolé. Retour à la case départ pour les parents : la MDPH. Ils sont à deux doigts d’opter pour le placement dans un institut spécialisé. Ils savent pourtant que c’est faire une croix sur l’instruction de leur fils : ces institutions ne proposent que quelques heures de classe par semaine. In extremis, Yanis est admis dans le dispositif ULIS du collège de Ramonville. Une chance : l’établissement est fortement impliqué dans la scolarisation des élèves en situation de handicap. Depuis 30 ans, il propose également aux jeunes sourds un cursus bilingue en langue des signes, un dispositif exceptionnel en France.

« Les enseignants ont fait d’énormes progrès »

L’Education Nationale veut clairement favoriser l’accès à l’école des enfants en situation en handicap. A la rentrée 2014, ils étaient 260 000 à être scolarisés en milieu ordinaire. Un chiffre multiplié par deux en 8 ans, et qui augmente de 10% chaque année. Même évolution à l’Académie de Toulouse : elle accueille aujourd’hui plus de 10 000 élèves en situation de handicap en milieu ordinaire, auxquels s’ajoutent 3800 enfants qui bénéficient d’un enseignement au sein des établissements médico-sociaux ou hospitaliers.

Derrière ces chiffres pourtant, des disparités géographiques et une efficacité variable.

Le profil et les compétences des auxiliaires sont loin d’être uniformes. « L’an dernier, on nous a proposé une formation sur l’autisme. On nous libérait des jours de travail, mais la formation était à notre charge. Je l’ai quand même faite. » raconte Erika Espiau, du collectif « AVS 31 en colère ». Zora, AVS depuis 9 ans et titularisée depuis peu, confie que « certaines AVS n’ont rien à faire dans ce métier ». Érika et Zora, elles, se défendent : « Nous, on n’est là que pour les enfants. On s’informe par nos propres moyens, parce qu’on aime notre boulot ».

Les enseignants, mal formés, ne savent pas non plus toujours comment s’y prendre, même si « beaucoup font des efforts », précise Zora. Un bilan que Frédéric Detchart confirme : « Depuis la loi de 2005, les enseignants ont fait d’énormes progrès, surtout dans le secondaire ».

En maternelle, c’est visiblement plus difficile. Corinne M. en a fait les frais. Deux maîtresses, deux comportements opposés. Quand Alexis fait son entrée en maternelle dans une école toulousaine il y a un an, la maîtresse, « géniale », s’efforce de s’adapter à cet enfant différent. À la rentrée suivante, sa maman le réinscrit en petite section. Entre temps, son fils a été diagnostiqué autiste léger, sans déficience mentale. « Sa nouvelle maîtresse, qui est aussi la directrice, lui a tout de suite collé une étiquette ‘’ handicapé’’ sur la tête ». Elle refuse qu’Alexis aille à la cantine. Alors sa maman ne le met à l’école que le matin.

Frédéric Detchart n’ignore pas ce phénomène, même s’il le relativise: « Sur 10 000 enfants en milieu ordinaire, on va avoir une centaine d’enseignants qui posent problème ». Peu de moyens de coercition existent. Mais les parents peuvent faire appel à un médiateur de l’Académie, voire se tourner vers le Tribunal du Contentieux de l’Incapacité.

Comme beaucoup de parents, Corinne exclut cette démarche. « Je pourrais crier au scandale, invoquer la discrimination au handicap mais si c’est pour que mon fils en pâtisse et soit laissé dans un coin, ça ne sert à rien ». Elle préfère s’adapter. « Petit à petit, je le déscolarise », confie-t-elle. Elle prend les rendez-vous chez l’orthophoniste et le psychomotricien sur le peu de temps scolaire dont peut bénéficier son fils. « Au moins, ces rendez-vous lui sont utiles ». Elle explique : « Pour comprendre une consigne, Alexis a besoin d’avoir les deux mains posées à plat sur la table. Si personne n’y fait attention, à quoi ça sert qu’il aille à l’école ? ». Corinne sait qu’elle ne reprendra pas le travail à l’issue de son congé parental, dans un an. Elle reste pourtant persuadée que la scolarisation d’Alexis serait bénéfique pour lui.

Un avis partagé par le Docteur Catherine Cousergues, pour qui la scolarisation prépare le mieux les jeunes handicapés à leur vie adulte. Présidente d’une fédération d’associations réunies au sein du Groupement Inter-associatif Handicap et Scolarisation (GIHS), elle se bat pour faire appliquer la loi : « Les enfants handicapés doivent être scolarisés en milieu ordinaire ! ». Et grâce à l’aide d’une avocate partenaire, l’association n’hésite pas à porter plainte avec les parents sans solution de scolarisation.

Un cautère sur une jambe de bois

Le Dr Cousergues, qui travaille étroitement avec le Rectorat, pointe la forte résistance au changement du corps enseignant : « On n’arrive même pas à remplir les formations continues que l’Académie propose ». Frédéric Detchart confirme que la formation continue est insuffisante au regard des besoins « mais pas seulement dans le domaine du handicap ». La problématique du remplacement des professeurs, notamment en maternelle-primaire, y est pour beaucoup. Mais il rappelle que les enseignants accueillant un enfant handicapé dans leur classe peuvent faire appel à un conseiller pédagogique de l’Académie. Il déplore « que cette démarche soit laissée à la discrétion de l’enseignant » mais juge inutile de former des enseignants tant qu’ils ne sont pas confrontés au problème : « On a essayé de faire des formations en amont. Ca ne sert à rien. Chaque enfant en situation de handicap est unique. Deux enfants autistes ne se comportent pas de la même façon. Mieux vaut accompagner les professeurs quand ils ont vraiment un cas précis devant eux. »

Le Dr Cousergues ne partage pas cette vision. « Avec l’arrivée des AVS, les enseignants se dédouanent de la prise en charge des élèves handicapés ». Elle va plus loin : « Les AVS sont un cautère sur une jambe de bois ». Une manière de dénoncer une mesure inefficace, voire contre-productive. Elle invoque le cas de l’Italie, considéré comme l’un des pays les plus avancés en matière de scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire. « Là-bas, il n’y a pas d’AVS. Mais les enseignants sont impliqués sur cette question depuis plus de 30 ans ». Et depuis 1994, des enseignants spécialisés, appelés « professeurs de soutien », viennent en appui aux classes ordinaires qui accueillent des élèves handicapés. En France, les enseignants spécialisés ne sont intégrés que dans des dispositifs spécifiques, jamais dans les classes ordinaires.

« Pour les profs, mon avenir était plié »

Florian Hawes, 25 ans, ne mâche pas ses mots à l’encontre des enseignants. « On finissait toujours par me mettre au fond de la classe, sous prétexte qu’il y avait une prise pour brancher mon ordinateur. En fait, pour les profs, mon avenir était plié ». À 5 ans, il est devenu hémiplégique à la suite d’une rupture d’anévrisme. Après son accident, il est accepté dans un milieu ordinaire. Il rame scolairement, redouble plusieurs fois. A 12 ans, il est toujours en CM2. Le collège refuse de l’accueillir en 6ème. « Au moins, c’était clair ». Ses parents décident alors de déménager d’Agen à Toulouse. Fini le système scolaire. Florian entre à l’ASEI, une grosse association qui prend en charge l’éducation et l’insertion des personnes en situation de handicap. « Je me suis démarqué, et ça m’a sauvé ». Florian monte des spectacles, chante, danse, écrit des sketchs, puis un one man show. L’association l’aide à obtenir un CAP en alternance chez Decathlon, puis son Bac Pro commercial dans le giron d’EDF. « C’était très dur de rattraper mon retard scolaire ». Aujourd’hui, Florian a intégré Sudformadia, une école de radio toulousaine. Animateur radio en alternance, il rêve de faire de la télé. Un parcours de battant qui fascine le petit Yanis, que Florian a pris sous son aile il y a plusieurs années : « Pour lui, je représente l’handicapé idéal. Celui qui fait oublier qu’il n’est pas normal, quoi ».

Malgré les efforts de l’Education Nationale, Florian sait que bon nombre d’enfants handicapés n’auront jamais accès au système scolaire classique. Mais il a un argument pour les rassurer: « Quand tu es dans un centre pour handicapés, tu relativises. Y a toujours pire que toi. Alors ça te rend plus fort ». Florian s’est construit une philosophie de vie entre optimisme et cynisme. Il rigole devant le burger que le serveur a déposé devant lui. « Pourquoi j’ai commandé ça ? C’est pas hyper pratique à manger avec une main ! ». Il finira par en venir à bout à bout à la force de sa fourchette et conclut : « Quand tu es handicapé, il faut juste savoir s’adapter. »

Les AVS : problème ou solution ?

Les auxiliaires de vie scolaire sont l’un des piliers de la scolarisation des enfants handicapés. Elles sont chargées de les accompagner, individuellement ou collectivement, au sein d’une classe ordinaire.  Elles exercent un métier peu reconnu, marqué par une grande précarité. 

Un mercredi après-midi devant le Rectorat de Toulouse, une trentaine de personnes réunies à l’appel du collectif AVS 31 en colère, et de plusieurs organisations syndicales. Leurs actions sont régulières depuis plusieurs années pour dénoncer la précarité de leur métier. Un manifestant résume : «  On est payé au lance-pierre, on nous impose des temps partiels, parfois dans plusieurs établissements. Alors oui, si on trouve mieux ailleurs, on s’en va. Personne ne veut de ce boulot. Pas étonnant qu’il y ait des postes vacants ».  Et qui dit poste vacant, dit enfant en situation de handicap sans solution de scolarisation.

On les appelle les AVS, pour auxiliaires de vie scolaire. Mais cette dénomination a disparu l’an dernier lors de la réforme de leur statut. Deux nouveaux acronymes les désignent désormais : AESH (Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap) et CUI (Contrat Unique d’Insertion). La différence entre les deux - une simple question de contrat - illustre à elle seule les incohérences dans la reconnaissance de ce métier.

Les AESH ont un contrat de droit public avec l’Education Nationale. L’an dernier, à force de bataille, une partie des AESH ont été titularisées en CDI, après avoir cumulé plusieurs années de CDD. Parallèlement, la réforme de leur statut a instauré un durcissement de leur recrutement. Jusqu’alors, elles devaient justifier a minima du baccalauréat ou de son équivalent. Désormais, elles doivent être titulaires d’un diplôme professionnel dans le domaine de l’aide à la personne, ou justifier d’une expérience de deux ans dans l’aide à l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. De quoi, en théorie, valoriser leur profession, d’autant qu’en parallèle, l’Education Nationale dit réfléchir à la mise en place d’un diplôme unique.

Sauf que dans le même temps, la réforme a prévu le recrutement de 48 000 « CUI », des contrats aidés, donc de droit privé, visant à lutter contre le chômage. Alors que leur mission est parfaitement identique à celles des AESH, aucune qualification n’est exigée pour les personnes embauchées sous ce statut. Seule une formation de 60 heures leur est dispensée par le Rectorat après leur recrutement.

La lutte des AVS s’est donc déplacée du côté de ces contrats aidés : des contrats de deux ans maximum, ne dépassant pas les 20 heures hebdomadaires, et rémunérés au Smic. « Aujourd’hui, on réclame d’être titularisées à la fin de notre contrat. Sinon, ce sont les enfants dont on s’occupe qui vont en pâtir », explique Isabelle Vial. Grâce à Pôle Emploi, elle est devenue auxiliaire de vie scolaire. Avant, elle était professeur de danse classique ;  aujourd’hui, elle s’occupe d’un enfant de 6 ans présentant un retard mental.

Mais pour Frédéric Detchart, inspecteur académique de Toulouse, « il est impossible de titulariser l’ensemble des auxiliaires : les besoins sur un territoire ne peuvent pas toujours être anticipés, et on ne peut pas imposer à des auxiliaires de faire des dizaines de kilomètres » pour prendre en charge un enfant en situation de handicap.

En attendant une véritable reconnaissance du métier et une uniformisation dans la formation des auxiliaires, la flexibilité apportée par les CUI est une aubaine.
​Enquête réalisée à l'automne 2015, dans le cadre du cours de Jean-Manuel Escarnot, correspondant de Libération à Toulouse.